Dos Santos, José Rodrigues « Âmes animales »  (2022) 576 pages

Dos Santos, José Rodrigues « Âmes animales »  (2022) 576 pages

L’auteur : José António Afonso Rodrigues dos Santos, né le 1er avril 1964 à Beira au Mozambique, est un journaliste et écrivain portugais. Il est actuellement le présentateur phare du journal télévisé de 20 h de la chaîne publique RTP1. Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. En 2000, il obtient son doctorat en sciences de la communication avec une thèse portant sur les reportages de guerre, « Crónicas de Guerra », à l’Université nouvelle de Lisbonne, il y est également professeur.

Série Tomás Noronha :   La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) ,  Furie divine (2016), Vaticanum (2017), Signe de vie (2018), Immortel (RL2020), Âmes animales  (2022)  , La Femme au dragon rouge (2023), Protocole Chaos (2025), Le Sixième sens (2026)

Série Calouste Gulbenkian « L’homme de Constantinople » (2019)  suivi de « Un millionnaire à Lisbonne» (2020) .

Série Francisco Latino : Le Magicien d’Auschwitz (2021) – Le Manuscrit de Birkenau (2021)

Autres: Spinoza, l’homme qui a tué Dieu, (2023) – Oubliés (2024)

 

HC Editions – 19.05.2022 – 576 pages / Pocket 17.05.2023 – 656 pages (O Jardim dos Animals com Alma – 2021 – traduit du portugais par Catherine Leterrier)

Série Tomás Noronha – tome 9 (dans l’ordre de traduction)

Résumé: 

Les animaux aussi ont une âme.
Lisbonne. Un scientifique est retrouvé mort, flottant dans le bassin aux orques de l’Oceanário. Tout accuse Maria Flor, la femme de Tomás Noronha, qui travaillait sur un projet secret avec ce grand spécialiste de l’intelligence animale.
Pour prouver l’innocence de sa femme, le célèbre cryptologue va devoir découvrir le véritable auteur du crime.
Il se trouve alors confronté aux intérêts d’une ancienne confrérie surgie du passé et à l’un des plus mystérieux secrets de la nature : l’intelligence, les émotions, la conscience des animaux.Que cherche-t-on à cacher à tout prix ? Quelle est la relation entre ce meurtre et le génocide perpétré par les êtres humains contre la vie sur la planète ? Qui sont les véritables bêtes, les animaux ou les hommes ?

Une fois encore, J.R. dos Santos s’attaque à l’un des plus grands tabous de notre temps : l’âme des animaux. Avec sa capacité inégalée à nous expliquer les avancées de la science, les grands enjeux écologiques deviennent enfin clairs. L’homme, les animaux, la planète : tout est lié.
Les comportements, les modes de communication et les informations sur les animaux présentés dans ce roman ont tous été rapportés par des scientifiques.

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️

Dans ce thriller écologique, les animaux sont à la fois le thème du livre et les protagonistes nous dit l’auteur dans sa note finale. J’ai énormément apprécié ce roman. Je tiens toutefois à signaler que dans la première moitié du livre, l’enquête est nettement en arrière-plan mais au final tout s’imbrique. 

Comme toujours avec ce auteur, c’est extrêmement bien documenté . Nous allons naviguer entre la communication animale, les rapports humains-animaux, les recherches scientifiques et des sujets nettement moins réjouissants tel que le réchauffement climatique, les conditions d’élevage industriel des animaux destinés à la consommation, ce qui se passe dans certains abattoirs, les expériences sur les animaux, les antibiotiques, le problème de la consommation d’eau, l’assèchement des nappes phréatiques , la destruction de la foret amazonienne, la déforestation, le gaz à effet de serre…
Avec l’éthologue Noé Vandenbosch – dont le projet scientifique est de communiquer avec les animaux – nous allons plonger dans le passé lointain et apprendre que les animaux fabriquaient des outils (Jane Goodall qui étudiait les chimpanzés en Tanzanie) ; on va aussi apprendre beaucoup de choses sur les capacités des oiseaux (corneilles, corbeaux, mouettes, vautours,  pies, geais) , des loutres, écureuils, éléphants, dauphins, et même des poissons et des mollusques… On va remonter au pionnier de l’éthologie, l’autrichien Konrad Lorenz
Il convient de rappeler que la communication n’est pas que le simple message verbal et d’ailleurs l’éthologue communique avec la guenon par la langue des signes! On communique (hommes et animaux) par les postures, le langage corporel, des gestes, des intonations…
Il y a même certains animaux qui procèdent à des funérailles, qui rendent hommage à leurs morts.

En compagnie de notre historien et cryptanalyste  Tomás Noronha, nous allons aussi remonter dans le temps avec la Rose-Croix,  Paracelse, La Monas Hieroglyphica . Il y aura aussi une référence avec la peinture ( Jerome Bosch et son « jardin des délices » ) 

Extraits:

Quand ils sont enfants, les êtres humains ont la capacité d’apprendre n’importe laquelle des six mille langues humaines qui existent et d’en parler deux ou trois sans le moindre accent. À l’âge adulte, cependant, ce que nous désignons sous le nom de « gènes de l’apprentissage » disparaît pour une raison inconnue et nous perdons cette faculté, pour ne conserver que les langues apprises durant notre enfance. L’apprentissage de nouvelles langues devient dès lors plus difficile et reste en général incomplet, ce qui se remarque dans la façon imparfaite de parler et par des accents incorrects. Il semble que chez certains oiseaux, comme les pinsons, il se passe la même chose, alors que chez les alouettes, les canaris et les cacatoès, cette capacité d’apprentissage vocal se prolonge à l’âge adulte.

Chaque espèce adopte un mode de communication qui lui est propre et qui échappe aux autres espèces, de la même manière que les modes de communication des autres espèces lui échappent. Les êtres humains, par exemple, sont excellents en communication verbale et bons en communication visuelle, tandis que tout l’univers de la communication par les odeurs, les substances chimiques, le toucher et les saveurs leur échappe. D’autres animaux sont sensibles à tout cet univers que nous ignorons. 

Nous sommes tous différents et, pourtant, nous partageons tous l’essence de la vie. C’est cela, finalement, la vie. Un jardin où la nature manifeste ses délices, un monde peuplé d’animaux dotés d’une âme.

si l’on enseigne notre langue aux animaux, ou que l’on déchiffre leur manière de communiquer et qu’on commence à la comprendre, alors on constate qu’ils ont des préoccupations similaires aux nôtres. Les animaux parlent de nourriture, s’enquièrent de leur famille et de leurs amis, sollicitent et apportent un réconfort émotionnel, aiment jouer, s’intéressent à la météo, s’inquiètent collectivement de ce qui leur fait peur…

Je suis en train de parler de types d’intelligence différents, Tomás. Nous avons tendance à jauger l’intelligence des animaux selon nos propres normes, mais c’est ça, le véritable anthropomorphisme, car nos normes ne sont pas universelles : elles sont plutôt spécialement adaptées au critère de l’intelligence qui nous est favorable.

— Il est vrai qu’il existe différents types d’intelligence et que nous nous rendons coupables d’anthropomorphisme lorsque nous mesurons les capacités cognitives des animaux en employant des critères dans lesquels nous sommes plus forts, concéda Tomás. Mais le fait est que ce sont les êtres humains qui dominent la vie sur Terre et qui sont en train de façonner l’environnement même de la planète. Ce qui veut dire que nos capacités cognitives s’adaptent mieux aux défis globaux que pose cet environnement. Autrement dit, notre intelligence est plus grande sur cette planète que celle des autres animaux.

Il était difficile de contredire cet argument.

Le Paradisus anime intelligentis se fondait sur l’idée qu’il existe une sorte de paradis du divin chez les créatures. Or, quel thème Jérôme Bosch, lui-même associé au mouvement des rosicruciens, avait-il choisi pour son tableau Le Jardin des délices ? Le paradis de l’homme avec les animaux.

Le message de la Rose-Croix. L’union de l’homme avec la nature, de l’espèce humaine avec tous les animaux, de la vie avec le divin. La diversité cachait l’unité, les différentes parties formaient un tout.

Comme l’a fait remarquer en son temps le philosophe juif allemand Theodor Adorno, Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce ne sont que des animaux.

Définition: L’éthologie est l’étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l’humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement

Photo : L’Oceanário de Lisbonne

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