Nicci French «Ténébreux samedi» (2017)

Nicci French «Ténébreux samedi» (2017)

Auteurs : Sous le pseudonyme de Nicci French se cache un couple de journalistes, Nicci Gerrard et Sean French. Tous deux ont étudié la littérature anglaise à Oxford à la fin des années 1970 sans jamais se rencontrer. Ensuite, chacun a mené sa carrière de son côté dans le journalisme. Nicci collabore à l’Observer pour lequel elle traite notamment des grands procès d’assises ; Sean est chroniqueur littéraire pour divers magazines. Ils se croisent enfin en 1989, et décident de partager leur vie et leur écriture. Maniant l’art de jouer avec les nerfs et le suspense cousu main, ils rencontrent le succès dès leur premier thriller psychologique.

 

Série Frieda Klein:  8 livres : Série « Frieda Klein »  (page sur la série)

Lundi mélancolieSombre mardiMaudit mercredi – Terrible jeudiCruel vendrediTénébreux samedi Fatal dimanche – Day of the Dead (été 2018)  

L’action se passe à Londres. Une psychothérapeute d’une trentaine d’années, qui tient à son indépendance, et au respect de sa vie privée. Elle a une nièce de 16 ans à qui elle donne des cours de chimie et cela semble être la seule personne de sa famille à laquelle elle soit attachée. Elle souffre d’insomnies et de ce fait elle parcourt Londres la nuit, seule, à pied.

Elle va faire équipe avec le policier Karlsson mais elle a des méthodes bien à elle et très indépendantes de collaborer…

Fleuve Noir – 09/03/2017 – 480 pages  / Pocket – 12/04/2018 – 508 pages

Tome 6 : Ténébreux samedi – Au bord de l’abîme

Résumé : Lorsqu’une ancienne relation de travail lui demande d’établir le bilan psychiatrique de Hannah Docherty, Frieda Klein se retrouve dans une situation délicate. Elle ne peut refuser de rendre service à ce collègue influent, or elle éprouve un véritable choc en rencontrant la jeune femme. Incarcérée depuis treize ans dans une institution douteuse pour avoir assassiné sa famille, Hannah n’est plus que l’ombre d’elle-même. En dépit des preuves écrasantes, pour Frieda, la jeune femme, traumatisée par des années de maltraitance et d’abus, se trouve plutôt de côté des victimes que des bourreaux. Convaincue de l’innocence de Hannah et malgré les injonctions de la police, la psychothérapeute rouvre le dossier de ce crime sordide et met au jour des incohérences accablantes. Cependant, chacun de ses pas semble être suivi de près : quelqu’un cherche à tout prix à cacher ce qui s’est véritablement passé cet après-midi du 19 mai 2001…

Mon avis :

Et je poursuis ma route en compagnie de Frida. J’en profite pour dire qu’il est hautement conseillé de lire la série dasn l’ordre. J’aime cette femme très humaine, fragile et forte à la fois, pour qui rien ne semble impossible quand il s’agit de sauver ceux qu’elle estime innocents ou maltraités. Une fois sur une piste, elle ne lâche rien. Elle fait passer les autres avant elle-même, au péril de sa vie. Sa ténacité, son intuition, son instinct, sa façon d’appréhender les choses vont la mener à affronter comme toujours des situations et des individus quelque peu en marge… Et comme toujours, ses amis sont là : Karlsson a une jambe dans le plâtre et c’est donc Yvette Long qui va être désignée volontaire pour lui prêter main forte., Josef n’est jamais bien loin, de même que Chloé, Jack et les autres. Et en cas de besoin, le Prof. Berryman est là pour prêter main forte.  Dans l’ombre, la menace de Dean Reeve plâne toujours… Le personnage qui avait fait son apparition dans le livre précédent, Levin, est à l’origine de cette nouvelle implication de Frieda dans une intrigue policière.  Mais je n’en dis pas plus pour ne pas « divulgâcher » comme disent nos amis canadiens.
Comme dans les autres livres, il y a toujours quelques lignes pour souligner l’importance de la ville de Londres, de l’élément liquide (l’eau, de la pluie, la Tamise, les sources et rivières cachées et englouties) Ici la rivière Effra qui serpente sous Londres et fait parfois des petites apparitions en extérieur va être un élément qui lui permettra d’établir un contact avec un patient. Des patients qu’elle continue à recevoir tout en menant son enquête souterraine (comme la rivière), en dépit de ses ennemis tenaces, le Préfet et de l’infâme psychothérapeute de la police qui l’a remplacé.

Extraits :

— Personne ne hait les samedis.
— C’est bien le hic. On est censé aimer les samedis. Sortir le samedi, s’enivrer et faire la fête, soi-disant. C’est obligatoire.

Ou se méfiait-elle à tort – comme si on pouvait se montrer trop méfiant ?

C’est idiot, mais t’es comme ça. Tu t’es brûlé les ailes, encore et encore, et pourtant, tu retournes toujours à l’ampoule.

« À quoi sert-il d’avoir un chien si c’est pour aboyer soi-même ? »

Vous n’êtes pas Dieu. Méfiez-vous de ce besoin que vous avez de voler au secours de tout le monde.

son anglais était encore limité : il communiquait par ses actes plutôt qu’en mots.

Autrefois, je rêvais d’une maladie indolore qui durerait quelques semaines, que je puisse lire et me reposer, vous voyez. Mais je ne fais rien de tout ça. Je reste allongée au lit, dans le noir, à écouter mon cœur cogner. Ou alors je reste juste assise dans le canapé, sans rien faire.

Étudier le cerveau des gens quand il déraille est une façon plutôt sympa de comprendre comment ils fonctionnent.

Je ne suis que le docteur Watson. Ou le Sancho Panza, si vous préférez.

Notre cerveau n’est pas conçu pour l’isolement. C’est comme une plante qui serait privée de lumière, sauf qu’on ne meurt pas, à moins de se tuer. Alors le cerveau fait des trucs étranges pour combler le vide.

Durant des années, elle a maîtrisé ses sentiments de peur et de vulnérabilité. À présent, ce sont eux qui la dominent

je dois vous demander quelle part de vos propos relève d’une peur abstraite et quelle part relève d’une peur tangible. Quels comptes pensez-vous devoir rendre ?
— Vous voulez dire, ai-je de réels ennemis tapis dans l’ombre ?

— L’idée d’un arrêt maladie me plaisait bien, autrefois, reprit-il. Je pourrais repeindre un peu. Nettoyer le jardin.
— Le jardin ?
— Regardez-moi cette pelouse. J’ai semé, j’ai mis de l’engrais, je l’ai retournée, j’ai passé dessus le rouleau à gazon, et elle a toujours une tête de lendemain de festival de rock.

Il a dit que parfois, les thérapies par la parole aggravent les choses au lieu de les améliorer, et que s’appesantir sur ce qui ne va pas peut le rendre plus réel, lui conférer plus de poids. On finit par s’identifier à sa souffrance.

Parfois, on se sent tenu de répéter une histoire jusqu’à ce qu’elle devienne notre version définitive de la réalité. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on a besoin d’oublier.

C’est comme si ma finesse, mon raffinement m’avaient quittée. Tout abîmés, amenuisés. Je me sens comme émoussée. Je ne pensais pas que c’était à ça que ça ressemblerait… ma vie.

Elle n’avait pas de soupape de sécurité ou de thermostat, elle ne savait pas quand s’arrêter, ni comment.

Le problème, c’est que le fait de disparaître relève un peu du problème philosophique. Il y a ceux qui fuguent, ceux qui déménagent, ceux qui s’enfuient, ceux qui se lassent, ceux qui partent en vacances et y restent. Ils tombent amoureux et se font la malle avec quelqu’un, ou ils cessent d’aimer et se barrent pour fuir quelqu’un. Il y a les adolescents maltraités, les homos persécutés, les filles qu’on force à se marier. Il y a les hommes qui traversent la crise de la quarantaine ou les femmes fatiguées par la crise de la quarantaine de leur mari. Elles partent à l’étranger pour une année sabbatique, ou pour rejoindre une armée islamiste, ou elles émigrent, tout simplement.

un bon jour ; ils étaient encore pires que les mauvais, parce que ça me redonnait de l’espoir, même si je savais que ça ne voulait rien dire.

Il est un peu comme vous.
— Je ne vois pas ce que vous sous-entendez par là.
— Comme un chien avec un os.

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