Bouysse, Franck «Plateau» (2016)

Bouysse, Franck «Plateau» (2016)

Auteur né le 5 septembre 1965 à Brive-la-Gaillarde, écrivain français, auteur de nombreux romans policiers, qui partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. Trilogie H.(Le Mystère H- Lhondres ou Les Ruelles sans étoiles – La Huitième Lettre) , L’Entomologiste, Noire porcelaine, Vagabond, Oxymort. Limoges : requiem en sous-sol, Pur-Sang, Grossir le ciel, Plateau, Glaise, Né d’aucune femme (2019), Buveurs de vent (RL2020)
Sélection du Prix Polar SNCF, Grossir le ciel a rencontré un succès critique et public. Il a notamment remporté le prix Sud Ouest / Lire en poche du festival de Gradignan, le prix polar Michel-Lebrun, le prix Calibre 47 et le prix Polars pourpres.

Manufacture de livres – 07-01-2016 – 300 pages / Livre de poche – 01.03.2017 – 384 pages (prix des lecteurs de la Foire du livre de Brive, aux éditions La Manufacture de Livres.)

Résumé : Ici, c’est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l’obscur. Un pays d’argent à trois rochers de gueules, au chef d’azur à trois étoiles d’or. Ici, c’est le Plateau. Un hameau du plateau de Millevaches où vivent Judith et Virgile. Le couple a élevé Georges, ce neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans.
Lorsqu’une jeune femme vient s’installer chez Georges ; lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village ; et lorsqu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s’effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.

Mon avis : Suite logique après le livre de Ron Rash « Un pied au paradis », je change de continent mais je reste dans l’agonie du monde rural… Je quitte la Caroline du Sud pour le Plateau des Millevaches… et au final l’éblouissement ressenti à la lecture du Ron Rash, qui allie le noir et l’espoir, la dureté à l’amour, a cruellement desservi Franck Bouysse.
Cette fois, Bouysse cela ne l’a pas fait !!! Heureusement que j’ai beaucoup aimé les livres de cet auteur lu précédemment car autrement je ne suis pas sûre que j’aurais eu envie de poursuivre la découverte. Trop misérabiliste, trop noir, trop pessimiste. Tu n’as pas le moral, tu le lis et tu te suicides direct ! Bien sûr l’écriture est somptueuse, mais la trame du roman, les personnages…

J’y ai retrouvé la noirceur des thèmes propres à l’auteur : la religion, la solitude, la culpabilité, le silence, les secrets, les personnages taiseux, la disparition du monde rural, la mort, la défiance vis-à-vis de l’étranger, l’importance des livres. Malheureusement au milieu de toute cette noirceur, il m’a manqué l’étincelle… et je n’ai pas ressenti d’empathie avec les personnages, pas même avec les personnages féminins qui malgré leurs souffrances ont un manque cruel d’humanité et je n’ai pas été émue par leurs vies.
Et les scènes avec le chasseur sont d’une cruauté ! Dejà que j’ai la chasse en horreur, fallait-il la décrire de manière si atroce ?

Extraits :

Ici, c’est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l’obscur.

Il est une ombre en suspension, diluée, insaisissable, chantournée au gré des vents de ses désirs.
Une ombre, qui hante le silence et frôle les clochers des églises.
Tout à la fois.
L’ombre d’un homme.
Il est le Chasseur.

À l’aplomb, comme une avant-garde de l’automne, le soleil éparpille une lumière orangée sur une lisière de hêtres qui balisent au loin des prairies épuisées.

Y aurait pas un démon dans les parages ? Y a toujours un démon qui traîne dans les saintes Écritures, pas vrai ?

— T’es bien un vrai paysan, toi.
— Ça veut dire quoi ?
— Que t’as sûrement plus de réponses à donner que de questions à poser.

Un chat, couleur de cendre, accourt et se retire en secouant la tête. Judith avale un bol de café et mange un morceau de pain recouvert de fromage. Le chat saute sur une chaise et pointe son museau sur le rebord de la table, sphinx patient et assuré qui attend que les humains quittent la pièce en abandonnant les reliefs de leur repas du matin, pour trier ce qui lui convient pendant que refroidit le lait.

Ces secrets dont personne n’est véritablement dupe, mais qu’on garde pour se préserver, survivre tant bien que mal. La puissance des habitudes. Une cathédrale construite patiemment depuis le jour de leur première rencontre. Une cathédrale faite de pierres taillées dans une loyauté sans faille, aux encorbellements noircis, pourris.

Le café du matin devint un rituel. Ils alternaient chez l’un et chez l’autre, mélangeant de mieux en mieux leurs mots et leurs silences.

De bonnes personnes, cet oncle et cette tante, qui n’étaient pourtant pas les bonnes personnes, malgré leurs efforts.

Et il y a ces livres disposés sur les meubles et quelques rayonnages, méticuleusement classés par auteur. Georges les a tous lus au moins une fois : Faulkner, Steinbeck, Caldwell, Shakespeare, Carver, Thomas, ceux-là plusieurs fois. Ceux qui ouvrent les horizons, ceux qui parviennent à déplacer ce maudit Plateau par-delà des méridiens bandés comme des arcs magiques. Dans ces moments au cours desquels ses liqueurs internes ne sont pas une masse énucléée, inerte. Tant de fois il a rêvé d’ailleurs, au fil des pages froissées dans de fiévreuses nuits dévalant des jours sans frissons. Tant de fois il a maudit cette vie réflexe, et tant de fois épié un but, sans jamais parvenir à en découvrir un seul susceptible de le porter à la plus misérable forme de bonheur.

L’inconnu droit devant, qui vaut de toute façon mieux qu’une déchéance statique nourrie de haine.

On lui a appris que la beauté est une conception dépourvue d’utilité, mais en cet instant, il ne sait qu’en faire. Ce regard. Deux étincelles froides entourées d’eau transparente.

Des images qui viennent percuter une zone indéterminée de son cerveau à la manière d’un blast. Et toutes ces questions qui affluent sans prévenir dans le plus parfait désordre. Des questions jamais posées en plus de quarante ans. La véritable place des vivants et des morts, leur intimité supposée. L’infime défaut dans sa cuirasse. Une cuirasse qui a commencé à s’épaissir à la mort des parents.

Quand la conscience sermonne, pour la forme, l’inconscient qui n’en fait qu’à sa tête et qu’ils finissent par s’entendre comme larrons en foire. Georges voudrait rejeter le mot « trouble », mais n’y parvient pas. Personne ne l’a préparé à l’émotion, et encore moins au désir.

Il n’existe pas de beauté sur le Plateau, au sens où il entend ce mot. Pas d’émotion palpable, rien que le froid déroulement du temps. La beauté, il la trouve d’ordinaire dans les livres, et aujourd’hui, malgré lui, chez cette fille qui dort peut-être encore.

Chasseur impitoyable, insoupçonnable.
L’acte sublime d’ôter la vie est la seule chose qu’il vénère en son royaume.

elle se demande si la mort réside simplement dans le fait de disparaître de la vue des vivants, ou s’il s’agit d’un voyage plus subtil.

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