Varesi, Valerio «Il labirinto di ghiaccio » (2023) 228 pages

Varesi, Valerio «Il labirinto di ghiaccio » (2023) 228 pages

Auteur : Valério Varesi est né à Turin le 8 août 1959 de parents parmesans. Diplômé en philosophie de l’Université de Bologne après une thèse sur Kierkegaard, il devient journaliste en 1985. Il est l’auteur de onze romans au héros récurrent, dont « Le Fleuve des brumes » nominé au prestigieux prix littéraire italien Strega ainsi qu’au Gold Dagger Award en Grande Bretagne.
Les enquêtes du commissaire Soneri, amateur de bonne chère et de bons vins parmesans, sont traduites en huit langues : Ultime notizie di una fuga (1998) – Bersaglio, l’oblio (2000) – Il cineclub del mistero (2002)– Le Fleuve des brumes (2016) – La pension de la Via Saffi (2017) prix Violetta Negra –  Les ombres de Montelupo (2018) – Les mains vides (2019) – Or, encens et poussière (2020) – La maison du Commandant (2021) – La main de Dieu (2022) – « Ce n’est qu’un début, commissaire Soneri » (2023) –
Autres : «Il labirinto di ghiaccio » (2023) 

L’auteur est un admirateur de Giorgio Scerbanenco (Scerbanenco : voir auteur lettre « S »)

Mondadori – 10.10 2023 – 228 pages

Résumé:

L’homme est seul : dans son sac à dos, quelques vêtements, quelques provisions. A chaque mètre gravi, en laissant la forêt derrière lui, il abandonne une pensée qui le liait au monde. La famille, le travail, la maison. Maintenant que le glacier se présente à lui dans toute sa grandeur, il sait que la frontière entre ce qui a été et ce qui commence est tracée. Certains, confrontés à sa disparition, penseront à un malheur, d’autres à une fuite. Des hypothèses somme toute plausibles, compte tenu de ce qu’il a sur la conscience. Personne ne comprendra le défi primitif qu’il s’est lancé : vivre dans une solitude absolue, dans un monde hostile, en effaçant ses propres traces. Et là, là où la nature ne montre pas de compassion pour les faibles, confronté à la fatigue et  à la souffrance, il retrouvera son humanité authentique, loin de tout alibi,  du confort qui faisait de lui un être parmi tant d’autres. Il s’installe dans ces montagnes où, pendant la guerre, le froid a fait plus de victimes que les grenades, et le glacier qui garde la vallée devient sa forteresse. À l’aide d’une pioche, il en creuse les entrailles pour créer un labyrinthe de galeries dont il se sent maître. En apparence immobile et docile, l’immense étendue blanche semble se faire la complice de cette aventure unique et inédite.  Jusqu’à ce que de vagues traces dans la neige l’incitent à penser qu’il n’est pas seul. Lorsque la glace lui renvoie des traces du passé, faisant de lui le témoin d’une mystérieuse affaire, sa détermination vacille. Et au moment où il baisse la garde, le monde qu’il a fui est là pour prendre sa revanche.
Valerio Varesi, avec un style vivant et raffiné, met en scène un grand refus : il refuse de faire partie d’un système paradoxal qui, au nom d’un individualisme épuisant, condamne chacun à l’homologation.

Mon avis:
Premier livre de cet auteur que je lis où mon cher Commissaire Soneri n’apparait pas. Et aussi première fois que je le lis en italien. Mais comme il semblerait que pour le moment il ne soit pas à l’ordre du jour de traduire les romans de l’auteur en français – mis à part la Série de Soneri –  pas d’autre solution si je veux lire ce roman… 

J’aimais déjà Valerio Varesi pour ses descriptions de la nature et des ambiances, et les personnages de ses enquêtes. Je m’étais un peu perdue dans les brumes et brouillards des environs de Parme, et là, en haut des cimes, je suis perdue dans la neige et la glace; j’ai retrouvé cette atmosphère ouatée mais nettement plus anxiogène. Dans ce roman, je retrouve les ambiances, les paysages et un personnage hors normes. Certes il ne s’agit pas de Soneri mais la profondeur du personnage n’a rien à lui envier…

Un homme, seul, s’évapore (comme le disent les japonais), sans laisser de traces ( recouvrir et effacer ses traces est l’une de ses principales préoccupations). Il fuit … mais qui, pourquoi? Fuit-il par peur, pour se retrouver lui-même, pour laisser derrière lui tout ce qui l’oppresse, pour retrouver les vraies valeurs, loin d’une civilisation factice, d’une vie fondée sur le superflu et l’artificiel? Ou pour une autre raison? Je ne vais pas vous le dire!

Il fuit, et tout ce qui est extérieur lui fait peur et est vécu comme une intrusion dans son « territoire »; les individus, les traces, les animaux… Et en même temps ce sentiment d’insécurité le fait vivre, le pousse à agir. 

Un homme qui se détache de la civilisation et est à la fois seul et pas seul. Seul car il fuit le contact des autres – mais pas totalement car il reste en lien avec une radio et cherche également à les espionner du regard ( tout en se cachant) . Il retourne sur les lieux de son enfance. Il y a là un paradoxe car il fuit d’un coté et se rapproche de l’autre. Ce qu’il redoute c’est d’être découvert. Et dans sa quête d’invisibilité, il va se sentir puissant, sorte de Dieu invisible qui peut tirer les ficelles et déterminer la suite des événements, agir sur les événements. D’ailleurs il va construire une chapelle dans son glacier et se rapprocher de Dieu. 

L’un des thèmes principaux : la solitude. Dans les montagnes, il va reprendre conscience de son propre corps, prendre conscience qu’au fond de lui, il y a un autre lui-même bien caché qui ne demande qu’à se révéler. 

Le titre parle de labyrinthe : certes il y a le glacier qui va se transformer en labyrinthe avec des galeries qui se croisent et se décroisent de manière à perdre quiconque souhaiterait s’y aventurer à part l’homme, mais il y a aussi le labyrinthe qui se situe dans la pensée de l’homme en question : de quoi s’y perdre également… Le portrait psychologique de l’homme pointe à chaque embranchement du labyrinthe…

Il construit un refuge, un labyrinthe de glace dans lequel il va collectionner toutes les trouvailles qu’il va faire sous la glace et il y faire des rencontres … avec des hommes du passé … Il découvre les secrets d’une famille, consignés dans un manuscrit enfoui dans la glace… Il y recroiser – de loin –  un ami d’enfance et replonger dans le monde de ses souvenirs…  et cette rencontre de loin va l’habiter intérieurement.

Mais il va se rendre compte que non seulement il n’est pas le premier à aménager le glacier pour s’y réfugier et  qu’un ennemi bien plus dangereux que l’homme et contre lequel il ne peut rien se met en mouvement : suite au réchauffement climatique, le glacier se met à bouger… Le glacier, cette forme de solidité est-il aussi solide qu’il en a l’air ou est-il aussi fissuré que lui?

C’est aussi une ode à la nature, qu’il redécouvre … il va se rendre compte de l’importance du vent par exemple.

Que va-t-il advenir de cet homme? Va-t-il rester dans ses montagnes, va-t-il retrouver la civilisation? Va-t-il faire des rencontres? Va-t-il réussir à rester invisible? Pourra-t-il empêcher les intrus de détruire son univers? Va-t-il avoir l’impression d’avoir accompli quelque chose? Pour savoir, il faudra lire ce livre qui est une merveille tant psychologique que littéraire. 

Comme j’ai lu le livre en italien – et qu’il n’est pas si facile à lire que ça –  j’espère ne pas avoir dénaturé le propos et les intentions de l’auteur… en tous cas je peux dire que j’ai eu un gros coup de coeur. 

Extraits:

Forse solo allora, ricondotto alla spontaneità di un bimbo che impara, mi spoglierò di tutto e mi calerò come uno speleologo dentro me stesso. 

Il pericolo mi esalta e nel calcolo di ogni azione vivo un’effervescenza in cui si nasconde un piacere intenso di cui non conosco i confini. Mi sento un gatto sdraiato su un ramo coi cani che ringhiano di sotto.

Nelle albe di sentinella, dentro garitte di ghiaccio, penso che il mio rapporto con gli altri sia ormai unicamente quello dello sguardo. Uno sguardo che tuttavia non incrocia gli occhi altrui e non è mai reciproco. Le mie sono pupille di cecchino. O di guardone. Sono estraneo alla consapevolezza dei miei simili: ci sono senza essere percepito, come una trasparenza. E da questo punto di vista, osservo le reazioni degli altri a ciò che io stesso provoco.

Non mi spiegavo perché fossi così triste. Solo molti anni più tardi ho capito che ci era morto dentro qualcosa di grande: l’età in cui l’intera vita è un sogno ancora intatto.

Per certi versi, è rassicurante avere una sola scelta. Cancella l’angoscia che ci tiene appesi alle possibilità offerte dall’esperienza.

Per tanto tempo, pur nella solitudine assoluta di questi monti, non ho sofferto. Ora invece sì. Capisco che è l’indifferenza a far sentire gli uomini soli, non i luoghi. 

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