Kasischke, Laura « Baignade surveillée » (RL 2026) 320 pages
Autrice : Née le 5.12.1961, Laura Kasischke à Grand Rapids dans le Michigan, est une poétesse, nouvelliste et romancière américaine. Elle a étudié à l’Université du Michigan, elle a gagné de nombreux prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que le Hopwood Awards ; elle a également reçu les Bourses MacDowell et Guggenheim. Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues. Laura Kasischke vit aujourd’hui dans le Michigan, où elle enseigne l’art du roman au Residential College de l’Université de Ann Arbor.
Ses romans : A Suspicious River (1999) – Un oiseau blanc dans le blizzard (2000) – La Vie devant ses yeux (2002) – Rêves de garçons (2007) – À moi pour toujours (2007) – La Couronne verte (2008) – En un monde parfait (2010) – Les Revenants (2011) – Esprit d’hiver (2013) – Baignade surveillée (2026)
Recueil de nouvelles: «Si un inconnu vous aborde» (2017) – Eden Springs (2018)
« La Vie devant ses yeux » et « A suspicious river » ont été adaptés au cinéma. « Esprit d’hiver » a reçu, en 2014, le Grand Prix des Lectrices de Elle.
Gallimard – 27.08.2026 – (The Lifeguard trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy)
Résumé
Qui à Mission Hills pourrait oublier le 16 juillet 1969 ? Le matin, tous les regards étaient médusés par les premières images d’une fusée décollant vers la Lune. L’après-midi, le petit Richie Manning se noyait dans la nouvelle piscine bleu lagon du quartier, bondée en cette journée si chaude. Une maître-nageuse était pourtant présente – une splendide étudiante, aux longs cheveux blonds et aux jambes parfaitement bronzées. Mais derrière ses lunettes de soleil, surveillait-elle vraiment la baignade ?
De ce jour tragique qui fait chavirer une famille et toute une communauté, Laura Kasischke scrute chaque recoin, sans relâche, pour en saisir toutes les failles. Elle plonge également dans les destins des témoins clés, qui se trouvent heurtés, par ricochet. Baignade surveillée, lecture vertigineuse, signe le retour époustouflant de l’immense écrivaine américaine.
Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
Il était dit que le 16 juillet 1969 serait une journée qui ferait date. Une fusée qui décolle pour aller se poser sur la lune. Mais à Mission Hills, la journée fera date pour une autre raison : Richie Manning, un enfant de 5 ans va se noyer dans la piscine. Bien que la piscine soit bondée une seule coupable est montrée du doigt : la maître-nageuse. Il faut bien une coupable et la jeune fille est si belle qu’elle ne peut-être qu’incompétente !
Comme il fallait s’y attendre avec cette autrice le coté psychologique est au centre du récit et comme toujours les personnages féminins, les enfants et les jeunes . Se pose aussi le thème de la vision : se que l’on voit et ce que l’on occulte. Le tout dans une ambiance bleue… bleu du ciel, bleu piscine, bleu de l’eau… «
Il faut aussi relever la construction spéciale du roman, une numérotation étrange des chapitres… de 1 à 10 suivis de 10 à 1… , les flash-back alors qu’en théorie tout se déroule sur une seule journée.. Des flash back qui vont remonter à plusieurs années et permettre de comprendre les agissements des personnages ( la femme aux A.A. par exemple )… Ce choix d’écriture non linéaire surprend mais on se laisse prendre au récit des différents personnages, dans l’ordre ou le désordre, avant ou après le jour J.
Ce roman se déroule sur une journée mais de fait il nous parle d’avant et après le drame, des personnages proches des protagonistes (famille, voisins…, des retombées du drame… et même si il n’y a pas vraiment d’intrigue, le suspense est là. Et on referme le livre en se posant bien des questions sur la différente manière d’appréhender le monde si on est enfant, adulte, fille, garçon, issu d’une classe sociale aisée ou pas…
Tiré d’une histoire vraie ce roman est à la fois un drame familial et un drame social.
Un roman choral que j’ai énormément apprécié. Ce n’est peut-être pas mon préféré de l’autrice mais c’est un retour flamboyant après des années d’absence.
Extraits:
« Jolly Rogers » était le nom du pavillon qui flottait au mât des bateaux de pirates.
Nous étions le 16 juillet 1969. Toutes les personnes qui vécurent ce jour-là se dirent qu’elles n’oublieraient jamais où elles étaient, ce matin où la fusée envoyait ces astronautes sur la Lune pour effectuer les premiers pas de l’humanité à sa surface.
Pouvait-on encore faire quoi que ce soit sans éprouver de l’ennui, du vide, comme si, en rentrant à la maison, on avait abandonné la personne qu’on était ?
Parfois, la différence entre la dernière chance et une chance gâchée n’était qu’une question de quelques secondes fortuites.
« Chaque détail doit être un présage et une cause. » Jorge Luis Borges.
Il y aurait des nuits à l’avenir où, allongée sur son lit, elle se souviendrait de celle-ci, et songerait qu’il est facile de voir le passé depuis l’avenir. Que tout paraît plus proche quand c’est derrière soi.
On venait de voir, en couleurs, les trois astronautes tournoyer comme s’ils nageaient dans une eau très claire, (…)
Puis un silence qui aurait pu être celui de l’espace, ou celui de la mort, s’installa.
Engelures.
Comme des anges qui vous gelaient les doigts.
Ce rêve bleu d’eau.
Cette possibilité d’accéder à un monde secret.
Où l’on devient soi-même un secret.
Image : « Jolly Rogers »