Dos Santos, José Rodrigues « La Femme au dragon rouge»  (2023) 720 pages

Dos Santos, José Rodrigues « La Femme au dragon rouge»  (2023) 720 pages

L’auteur : José António Afonso Rodrigues dos Santos, né le 1er avril 1964 à Beira au Mozambique, est un journaliste et écrivain portugais. Il est actuellement le présentateur phare du journal télévisé de 20 h de la chaîne publique RTP1. Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. En 2000, il obtient son doctorat en sciences de la communication avec une thèse portant sur les reportages de guerre, « Crónicas de Guerra », à l’Université nouvelle de Lisbonne, il y est également professeur.

Série Tomás Noronha :   La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) ,  Furie divine (2016), Vaticanum (2017), Signe de vie (2018), Immortel (RL2020), Âmes animales  (2022)  , La Femme au dragon rouge (2023), Protocole Chaos (2025), Le Sixième sens (2026)
Non traduits : O Sétimo Selo – A Mão do Diabo – 

Série Calouste Gulbenkian « L’homme de Constantinople » (2019)  suivi de « Un millionnaire à Lisbonne» (2020) .

Série Francisco Latino : Le Magicien d’Auschwitz (2021) – Le Manuscrit de Birkenau (2021)

Autres: Spinoza, l’homme qui a tué Dieu, (2023) – Oubliés (2024)

Hervé Chopin éditions – 17.05.2023 – 624 pages / Pocket – 16.05.2024 – 720 pages ( A Mulher do Dragão Vermelho – 2022 – traduit par Catherine Leterrier)

Série Tomás Noronha – tome 10

 

Résumé:

Inspiré de faits réels, ce roman implacable et hyper documenté décrypte les véritables intentions du Parti communiste chinois face à l’Occident. Précision : le roman traite du Parti communiste chinois et non de la Chine et des chinois. 

La Chine est-elle plus dangereuse que la Russie ? Devant la terrasse d’un café du temple d’Or d’Amritsar, une fusillade éclate ; une jeune femme ouïghoure est enlevée avec une touriste qui tentait de lui venir en aide… Tomás Noronha  part précipitamment en Inde, c’est sa femme qui a disparu avec celle qui se fait appeler Dragon rouge . Aidé de Charlie Chang, agent de la CIA, le célèbre cryptologue va tenter de retrouver leur trace en déchiffrant les messages que Maria Flor lui a laissés. 

Il se trouve alors confronté à une réalité dont il ignorait l’existence. La stratégie secrète de la Chine et sa très mystérieuse nouvelle route de la soie. Inspiré de faits réels, ce thriller implacable et hyper documenté décrypte les véritables intentions du Parti communiste chinois face à l’Occident. Avec ses capacités de documentation et d’analyse hors-norme, J. R. dos Santos remonte aux origines de l’empire chinois et à ce qui en a fait ses fondements. 

Des stratégies fondatrices du Royaume des combattants aux nouvelles routes de la soie, il ouvre nos yeux sur les véritables intentions du Parti pour le monde de demain.

Mon avis:
Instructif et glaçant quand on sait que l’auteur – extrêmement bien documenté –  n’est jamais loin de ce qu’il en est vraiment.  A lire jusqu’à la fin de l’épilogue et de la note finale pour ouvrir encore davantage les yeux sur l’influence de la Chine dans le monde: c’est édifiant et cela donne à réfléchir… Dans la note finale, Dos Santos indique que son roman est tiré en partie de l’histoire de Sayragul Sauytbay. A la question faut-il avoir peur de la puissance de la Chine ? A vous de juger.

Le seul reproche que je pourrais faire est que l’enquête sur la disparition des deux femmes est vraiment en arrière plan ( parfois j’aurais aimé évoluer un peu plus dans le coté fiction, suivre davantage ce qui arrivait aux deux femmes portées disparues car le roman fait plus de 700 pages et est très touffu). C’est un documentaire sur le Parti … avec des personnages pour mieux illustrer. Pour ma part j’ai vraiment apprécié : j’ai été horrifiée par ce qui se passe et par le traitement réservé aux minorités ( encore bien pire que ce que je n’osais pas imaginer).

«Utiliser la campagne pour encercler la ville», « rond à l’extérieur, carré à l’intérieur »,
«Cacher son jeu et attendre son heure»  «Extérieurement bienveillant, intérieurement impitoyable » … tels sont les préceptes…

Le personnage principal du roman est la jeune femme au voile noir  – Madina  – que l’on suit depuis l’enfance… C’est une fillette ouïghoure qui va poursuivre des études (à l’université du Xinjiang elle va choisir l’ingénierie pétrolière comme spécialité), qui vit dans le Xinjiang (Nouvelle frontière), va devenir membre du Parti, puis être arrêtée et emprisonnée, soupçonnée de mener des activités séparatistes. Au sortir de prison, après un lavage de cerveau, elle va connaitre l’esclavage, avant d’avoir la possibilité de fuir au Pakistan. C’est peu après que Maria Flor (la femme de Tomás Noronha)  va croiser sa route…  
Maria Flor, est tranquillement installée à la terrasse d’un café quand elle voit une jeune femme la tête couverte d’un voile noir en train de courir, affolée, en demandant de l’aide. Elle ne peut pas rester là à rien faire et tente de l’aider. Elles vont disparaitre toutes les deux. Mais avant, Maria Flor a réussi à envoyer un message à son mari au Portugal pour demander de l’aide et à prévenir la police. Ni une, ni deux, Tomás Noronha saute dans un avion et atterrit en Inde pour tenter de savoir ce qui est arrivé à sa femme, qui ne répond plus au téléphone. Et il va se débrouiller pour être associé à ceux qui vont mener l’enquête sur ces disparitions, dont l’agent Chang, membre de la C.I.A. Avec son aide, celle des Américains et d’un robot, ils vont tout faire pour tenter de sauver Dragon rouge et Maria Flor. Tomás va-t-il arriver à arracher sa femme des griffes du Parti ? Suspense !
Le roman se déroule dans plusieurs lieux : le Portugal, L’Inde ( Amritsar ) , la Chine ( Ürümqi, Karamay ) , Sri Lanka  (Hambantota), le Japon (Okinawa), Les îles Spratleys (Mer de Chine)

Extraits:

elle constata qu’elle parlait chinois.
Cette langue lui semblait curieuse. Sa grammaire était sans conteste plus simple que la grammaire ouïghoure ou kazakhe. La difficulté résidait dans les tonalités, qui créaient une ambiguïté constante dans ce qui était dit ou compris. Tout d’abord, il n’y avait pas d’alphabet, ce qui signifiait que les mots n’étaient pas formés par des lettres, mais par la combinaison de mots plus courts. Le mot « taille », par exemple, combinait le caractère « grand » avec le caractère « petit ». Ainsi, « taille » se disait « grand-petit ». « Longueur », pour sa part, se disait « court-long ». Et ainsi de suite. Comique.

Les deux peuples étaient différents pas seulement physiquement : ils ne parlaient pas non plus la même langue. Madina parlait ouïghour dans son village et à l’école, avec ses camarades et les professeurs ouïghours, mais aussi avec ses camarades kazakhs, dont la langue ressemblait beaucoup au ouïghour.
En revanche, avec les Chinois que la professeure s’évertuait à appeler les Hans, tout était différent. Séparés des autres par la langue, ils l’étaient aussi par un statut social supérieur invisible, mais palpable. La majeure partie des élèves hans jouaient entre eux en évitant de se mélanger aux Ouïghours, aux Kazakhs ou aux Kirghizes de la classe de Madina, ou encore aux Huis, aux Tadjiks, aux Daurs et aux Ouzbeks des autres classes. Il est vrai que certains Hans étaient sympathiques et s’efforçaient même de se rapprocher d’eux, mais la langue constituait de fait une barrière qui compliquait les choses.
Quant au reste des Hans, ils appelaient fengjian ceux qui n’étaient pas Hans, et en particulier les Ouïghours et les Kazakhs. Fengjian était une manière péjorative de s’adresser aux Ouïghours et aux Kazakhs comme s’ils étaient attardés et stupides, des ânes même, ce qui contribuait à creuser un fossé entre eux.

— Les temps ne sont anciens que pour les jeunes qui ne les ont pas vécus, dit-il. Mais s’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que, bien que le monde soit en perpétuelle évolution, il y a des événements qui se répètent, qui tournent telle la roue d’un chariot. 

Le véritable communiste est celui qui est prêt à croire que le noir est blanc et que le blanc est noir si le Parti l’exige. Le véritable communiste doit abandonner sa personnalité jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une seule particule qui ne se fonde pas dans le Parti, qui ne lui appartienne. 

L’important, c’était l’utilité. Mieux valait un mensonge utile au Parti qu’une vérité susceptible de le contredire. Si un mensonge était avantageux, il devenait vérité, et si la vérité était gênante, elle devenait mensonge.

De manière générale, les Ouïghours sont musulmans, professeur. Mais, grâce à l’action bienveillante du Parti, ils sont isolés de l’Islam moderne. Davantage qu’une religion, l’Islam est une culture pour nous. Les cinq prières quotidiennes, la zakaat donnée aux pauvres, le jeûne, les fêtes de Corban et de la Rose, tout ça, ce sont des traditions ancestrales. Nous les effectuons par respect pour les anciens, c’est tout. Quant au reste… la religion est l’opium du peuple. Peut-être que les plus âgés croient encore à toutes ces superstitions, je ne dis pas le contraire. 

L’ordre naturel des choses est le da tong, c’est-à-dire la domination unipolaire. En effet, le monde réel n’est pas égalitaire, mais hiérarchique. Tout en haut se trouve le ba, en dessous de qui se situent les rois, puis les princes, suivis de la cour, de la bureaucratie d’État, des commerçants et, enfin, de la plèbe. Les systèmes sans ba sont toujours transitoires, ce sont des périodes provisoires au cours desquelles un ba est en fin de règne et un nouveau ba arrive.

« Rond à l’extérieur, carré à l’intérieur. » Le rond est ce qui est visible, l’enveloppe flexible, l’apparence extérieure. Quelle est cette apparence ? C’est le capitalisme. Le carré est ce qui se trouve à l’intérieur, le contenu inflexible, l’essence interne. Quelle est cette essence ? C’est le communisme. 

Elle ne pouvait oublier que le Parti pratiquait l’art de la dissimulation depuis l’époque des Royaumes combattants.

Il tombait mais semblait ne pas tomber, il volait sans vraiment voler. Tout était si rapide et en même temps si lent, tout était si fou, si sauvage et si libre, si vivant et si enivrant.

En substance, les communistes ont fait tout ce que les nazis ont fait, avec la circonstance aggravante qu’ils l’ont fait avant les nazis. Avant. Tout le monde parle de Staline, mais on oublie que tout ce que Staline a fait, à l’exception du meurtre d’autres communistes, Lénine l’avait déjà fait auparavant. Police politique, censure, dictature, liquidation des opposants, persécution ethnique, culpabilité des gens déclarée en fonction de ce qu’ils sont et non de ce qu’ils font, persécution des syndicats et des grévistes, camps de concentration remplis d’innocents, esclavage, exécutions de masse… tout ça a d’abord été mis en place par Lénine, et non par Staline.

J’admets que la rhétorique des communistes est différente de celle des nazis, mais vous conviendrez avec moi qu’une idéologie se révèle par ses actes, et non par ses discours. Or, ce que les communistes ont fait en Russie, ils l’ont aussi fait dans d’autres pays, vous le savez.

Police politique, censure, dictature, liquidation des opposants, persécution ethnique, culpabilité des gens déclarée en fonction de ce qu’ils sont et non de ce qu’ils font, persécution des syndicats et des grévistes, camps de concentration remplis d’innocents, esclavage, exécutions de masse… tout ça a d’abord été mis en place par Lénine, et non par Staline. Le deuxième n’a fait que prendre la suite du premier.

S’il y a bien une chose que nous avons comprise avec l’invasion russe en Ukraine, c’est que les dictatures et les autocraties se fichent éperdument du bien-être de leurs peuples, puisqu’elles ne dépendent pas de leurs suffrages, et qu’elles manipulent l’opinion en recouvrant massivement à la censure, à la propagande et à la désinformation. Lorsque l’économie d’une dictature ou d’une autocratie se développe, la richesse générée n’a pas pour objectif d’améliorer le quotidien de la population, mais de servir de levier à des projets de pouvoir et d’expansion territoriale.

Comme le disait un vieux dicton ouïghour, « la femme est le soleil de la femme ». Seules les femmes étaient vraiment solidaires des autres femmes.

La vérité est que « si » n’existait que dans l’esprit humain. Dans la réalité, point de « si ». Dans le monde réel, les choses se produisaient, tout simplement. Sans échappatoire. Peut-être que tout conspirait pour qu’elles se produisent de telle façon et pas d’une autre, et que les « possibilités » n’étaient qu’une illusion. Le « si » n’était que le fantôme d’une décision qui n’avait pas été prise, l’ombre angoissante d’une potentialité qui ne se réaliserait jamais, la tragédie de l’option qui n’avait pas été suivie ; et dont les effets devenaient douloureusement évidents lorsque tout s’effondrait. Le monde ne connaissait pas de « si ». Pourtant, au moment où se produisait la catastrophe, les survivants en avaient plein en tête.

— Zhongguo signifie empire du Milieu. Le terme découle du concept selon lequel la Chine est le centre du monde, le grand ba, la superpuissance à qui le monde prête allégeance, et à laquelle tout le monde se soumet,

N’oubliez pas cette citation attribuée à Confucius : « Il ne peut y avoir deux soleils dans le ciel. » En d’autres termes, il n’y a de place dans le monde que pour un seul ba. Un seul. La Chine. Bientôt, elle sera le centre de tout, la puissance hégémonique, le maître du monde. Le ba.

Récemment, il avait appris que les oiseaux étaient intelligents. En vérité, ils étaient extrêmement intelligents. Cette fois, il réfléchissait non pas à leur intelligence, mais à leur liberté. Celle que, en tant qu’homme vivant en Occident, il tenait pour acquise, mais qui demeurait un mirage pour tant d’autres êtres humains.

Information:
La mort présumée d’un célèbre écrivain ouïghour dans une prison chinoise donne une triste image de l’état de la liberté d’expression en Chine et met en relief les conditions de détention très dures dans le pays, a déclaré Amnesty International. En mars 2004 Nurmemet Yasin a été emprisonné pour « incitation au séparatisme » à cause de l’une de ses nouvelles, dont le titre signifie « Le pigeon sauvage ».  (Source: Amnesty International – communiqué de presse) Le thème : un pigeon captif qui préfère se suicider plutôt que d’abandonner sa liberté. Un récit qui déplaira aux autorités chinoises. (La nouvelle est disponible en français sur le site « Novastan » et l’intégralité du texte en anglais « Wild Pigeon » sur le site Hrichina.)

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