Feuz, Nicolas «EMORATA, pour quelques grammes de chair» (2014)

Feuz, Nicolas «EMORATA, pour quelques grammes de chair» (2014)

Auteur : Né en 1971, Nicolas Feuz a exercé les professions d’avocat et de juge d’instruction. Il est actuellement procureur de la République du canton de Neuchâtel, en Suisse. Depuis plus de 16 ans, il s’est spécialisé dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Nicolas Feuz a étudié le droit à l’Université et obtenu le brevet d’avocat, avant d’être élu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2008 comme président du collège des juges d’instruction, et enfin en 2011 comme procureur de cette petite République helvétique. En 2010, il s’est lancé dans l’écriture de romans noirs, mêlant librement réalité du terrain et fictions obscures.

Il est l’auteur de sept polars publiés à compte d’auteur: La trilogie Massaï (ILMORAN, l’avènement du guerrier (2010) – ILAYOK, le berceau de la folie (2011) – ILPAYIANI, le crépuscule massaï (2012) -) La septième vigne (2013) – EMORATA, pour quelques grammes de chair (2014) – Les Bouches (2015) – Horrora borealis (2016) – EUNOTO, les noces de sang (2017) – Le Miroir des âmes (Slatkine 23.08.2018)

( Auto-édité) The Bookedition  – 2014 –362 pages

Premier des deux prequels à la trilogie Massai ; le deuxième est EUNOTO, les noces de sang (2017) – la toute première enquête de Michaël Donner.

Résumé : Un policier suisse est retrouvé assassiné sur une plage du Grau-du-Roi… Encore jeune aspirant de l’ERAP, l’école de police, Donner se retrouve mêlé malgré lui à une sordide affaire d’assassinats, qui le mènera de la métropole horlogère de La Chaux-de-Fonds aux vastes étendues sauvages de la Camargue. Cette sombre expérience contribuera à forger son caractère et définira certaines lignes de son comportement en tant que futur inspecteur de la brigade des stupéfiants neuchâteloise.

Mon avis : Ah j’ai adoré ! J’ai fait connaissance avec Donner ! ( « Je m’appelle Michaël Donner. Je suis à l’approche de mes vingt-quatre ans. Il ne me reste qu’un peu plus de sept ans à vivre – seize mois de relatif bonheur contre septante mois de galère intense – mais ça, bien évidemment, je ne le sais pas encore. ») Moi qui disais que cela m’avait manqué en lisant Eunoto… si j’avais commencé par le commencement … Toujours commencer par le début pour faire connaissance des personnages ! Elémentaire !

Super roman qui est efficace, qui bouge, qui a du rythme, avec du suspense… Cela ferait aussi un super film ! Entre la Suisse et le Gard… tout pour me plaire ! Quand il nous parle de la T’Chaux et des autres lieux, on se rend immédiatement compte que l’auteur y a séjourné. Ces descriptions sont totalement crédibles. J’ai aussi beaucoup apprécié d’en savoir un peu plus sur l’organisation de la police suisse.  Pour moi en Suisse il y avait LA RTS mais jamais je n’avais entendu parler du RTS ! Enfin il démontre une connaissance des polices étrangères (la française en l’occurrence) et n’est pas tendre envers les acteurs du secteur juridique … entre les incompétents, les laxistes et les pourris…  l’image de la police/justice ne sort pas grandie de l’histoire. Il désacralise le milieu, parle des hommes qui se cachent derrière la fonction… On peut être avocat ou flic pour le commun des mortels et être nettement moins net dans la réalité…

Même si ce polar charrie son lot de chair et de de sang, il m’a semblé davantage « enrobé » de nature et de présence humaine que les précédents que j’ai lu. J’ai eu le temps de connaitre un peu les personnages en les « fréquentant » comme des personnes et non simplement comme des policiers dans le cadre de leur fonction.

Enfin j’ai bien aimé le déroulement de l’enquête : comment un petit élément qui n’est pas à sa place peut  déboucher sur une autre enquête et ainsi de suite… Je vous laisse faire connaissance l’aspirant Donner et mon petit doigt me dit que cela va vous donner envie de le suivre dans ses aventures …

Extraits :

L’amas de chair, d’os, de dents et de sang n’affichait tout simplement plus aucune humanité. Il constituait une image si irréelle, quelque part, que cela en réduisait presque l’intensité de l’horreur.

Quoique ces derniers temps, je le trouve assez fatigué. Je le lui ai dit, mais il s’est contenté de me sourire en retour. Il n’aime pas non plus parler de sa santé.
— Les médecins, c’est pour les faibles, fils, me répète-t-il.

Le droit, c’est ce qui régit notre monde. Dans tous les domaines. Si tu ne le maîtrises pas dans ton domaine de compétence, tu ne domines pas complètement ton sujet. Et tu ne peux pas gouverner. Non seulement il faut en comprendre les fondements, mais aussi et surtout, il faut en connaître les failles. C’est un jour ce qui peut te sauver la vie. Autant qu’une bonne arme de poing.

Il y a le RTS, pour répression du trafic de stupéfiants, le RIP, pour répression des infractions contre le patrimoine, l’ICS, qui s’occupe des infractions contre l’intégrité corporelle et sexuelle, et la CRECO, qui traite de la criminalité économique.

La ville de La Chaux-de-Fonds avait cette particularité morphologique d’être construite en damier, ce qui provoquait un plan très symétrique, à tel point qu’il était parfois difficile de s’y retrouver quand on n’était pas de la région.

Et voilà que soudain, ce côté métis devenait un atout à disposition des forces de l’ordre. Je me dis que je pourrais faire un excellent agent infiltré, selon les milieux concernés.

Le Camargue n’est pas le cheval le plus sportif, mais c’est un vrai quatre-quatre.

Lou Drapé est un cheval légendaire, pâle et transparent, à la manière d’un spectre. On dit que la nuit, il se promène autour des remparts d’Aigues-Mortes pour enlever les enfants. En réalité, il symbolise la mort. Certains parents évoquent le croque-mitaine ou le grand méchant loup pour faire peur aux enfants. Dans la région, on leur raconte que s’ils ne sont pas sages, Lou Drapé viendra les enlever dans leur sommeil.

Comme quoi, parfois, la vérité s’avère aussi fragile que l’intégrité d’un flic.

Tu as un sacré flair. Ça compte énormément dans notre boulot. Même si la technologie peut parfois devenir un oreiller de paresse, rien ne remplacera jamais l’intuition du flic.

 

INFO : la légende de Lou Drapé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Drapé_(légende)  et http://lesvoyagesetmoi.over-blog.com/2018/07/lou-drape-la-legende-de-aigues-mortes.html

 

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